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Histoire des Roses indigènes de la Sarthe
(1897) Page(s) 66-69. Rosa macrantha Desp. Pour terminer l'histoire de nos canines sarthoises, il me reste à parler d'une rose à qui Desportes a fait l'honneur d'une distinction particulière. Bien qu'il ait été favorablement accueilli par les meilleurs floristes, le R. macrantha Desp. n'en est pas moins pour nous passablement énigmatique. Est-ce une espèce autonome ou simplement une variété du R. canina L., ou encore un hybride des R. canina et R. gallica, comme le pensent d'éminents rhodologues? Question difficile a résoudre par le seul examen des spécimens conserves dans quelques herbiers. Car, it n'existe plus et je crois même pouvoir démontrer qu'il n'a jamais existé nulle part, a l'état spontané, sauf peut-être à La Flèche. Voici la description que Desportes en donnait dans sa flore du Maine, p. 77: "R. macrantha N. = R. canina grandiflora Thory; R. canina nitens Lemeu.; R. corymbosa Goup. inéd., non Ehrh., nec Dup. - Red. ros.. 2, p. 75, ic. (fig. mala) (1). –FL d'un rose vif (juin). Haies Ϧ. La Flèche (Lemeunier); Avessé, à Martigné(Goupil).–Feuilles larges, épaisses, glabres, d'un vert foncé, à 3-7 foliotes ovales, quelquefois un peu arrondies, inégalement dentées; pétioles, bractées et sépales velus-glanduleux pédoncules hispides; tubes calicinaux ovales, glabres; pétales grands arrondis, un peu échancrés styles courts, velus. Fleurs en coymbe." Dès 1828, dans son Rosetum gallicum, n°200'7, Desportes avait inscrit cette rose, qu'il considérait alors comme une simple variété du R. canina: « - grandiflora Th. in Red. Ros., 3, p. 7S, ic. - Rosa canina fulgens Lemeun. Cat. inéd. (La Fieche, indigène, Lemeunier; Avessé, CI. Goupil). FI. rosé." On ne voit guère pourquoi ni comment le "R. canina fulgens Lemeun. cat. inéd." de 1828 est devenu le "R. canina nitens Lemeu." en 1838. Au fond, cette substitution d'épithëte n'a pas d'importance. Mais, si le catalogue de Lemeunier était inédit en 1838, tout comme aujourd'hui, son rosier ne l'était pas. Déjà, quatre ans avant (1824), Redouté l'avait figuré dans son 3° volume des Rosés, et Thory, dans ce même ouvrage, en donnait la description, précédée de la diagnose que voici "Rosa canina grandiflora. - R. germinibus subglobosis, glabris pedunculis hispidis petiolis cauleque aculeatis. - R. canina fulgens. Index rosar.quas Flexiae incol. Lemeunier ms." Ce n'est donc pas dans l'ouvrage de Desportes, mais dans le travail de Thory qu'il faut chercher la description princeps, que je crois devoir reproduire, malgré sa longueur « Arbrisseau rameux qui s'élève à la hauteur de trois ou quatre pieds. Ses branches sont armées d'aiguillons forts, recourbés, souvent réunis en verticilles au-dessous des stipules. Les feuilles se composent de trois, cinq, même de sept folioles, glabres sur les deux faces, vertes en dessus, plus pâles en dessous. Le pétiole qui les supporte, garni de quelques petits aiguillons, est muni de poils serrés et glanduleux, lesquels s'étendent sur la nervure principale et quelquefois sur les nervures latérales les plus saillantes; à sa base sont des stipules étroites, pointues au sommet, denticulées, ciliées et glanduleuses en leur bordure. Les fleurs latérales et terminales sont quelquefois solitaires, mais le plus souvent disposées par trois a l'extrémité des ramuscules qui croissent le long des branches principales. Elles sont portées par des pédoncules et des pédicelles garnis de quelques petits poils glanduleux chaque pédicelle est muni à sa base de bractées opposées à bords ciliés et glanduleux. Le tube du calice, à peu près rond, est absolument glabre. Les divisions du limbe, trois pinnatifides et deux simples, offrent des pinnules courtes et arrondies en spatule. Corolle de cinq pétales, grands eu égard à ceux des fleurs de tous les individus du groupe des caninæ, d'un rose tendre, jaunâtres vers l'onglet, irrégulièrement échancrées au sommet, styles réunis en tête sessile, au centre delà fleur. Fruit presque rond et rouge à la maturité. » Thory ajoute les observations suivantes, qui ne sont pas dépourvues d'intérét:« Cette jolie variété a été observée l'année dernière (par conséquent en 1823) par M. Lemeunier de la Flèche, qui nous a fait passer le pied vivant, lequel a fleuri au printemps dans notre jardin. Elle est très distincte de toutes les autres par l'espèce de poussière glauque qui couvre les fleurs avant l'anthère (sic), par la grandeur de ses pétales et par l'éclat de ses fleurs (2), dernière circonstance d'après laquelle Lemeunier l'avait signalée sous le nom de R. canina fulgens. Mais, comme beaucoup de roses des bois, on pourrait même dire toutes les roses, offrent des couleurs éclatantes au moment de leur épanouissement et qu'en adoptant cet adjectif l'observateur resterait souvent dans l'inexactitude, nous avons cru devoir rapporter le nom de cette belle variété à la dimension des pétales, caractère d'après lequel on la distinguera toujours au premier coup d'oeil."
(1). Desportes dit que la figure peinte par Redouté est mauvaise (2).Thory dit plus haut que les fleurs sont "d'un rose tendre, jaunâtres vers l'onglet", ce qui ne se concilie pas précisément avec "l'éclat des fleurs" qu'il donne ici comme caractère de première importance. Quant à "l'espèce de poussière glauque," recouvrant le bouton, Desportes et Boreau ne l'ont sans doute pas remarquée, car ils n'en parlent ni l'un m l'autre.
(1897) Page(s) 69-71. [Cont'd] Les descriptions de Desportes et de Thory, qu'on vient de lire, conviennent aux échantillons de l'herbier Boreau "cueillis sur un pied reçu de La Flèche, » que j'ai soigneusement examinés, ainsi qu'au spécimen de l'herbier du Muséum, récolté par Desportes à Avessé, dont mon ami, M. Legué, a eu l'obligeance de me donner un très bon dessin, fait à la plume, par sa charmante et gracieuse jeune fille (1). Je crois donc pouvoir me faire une idée assez exacte de ce qu'était la rose en question, autant du moins qu'il est possible sans l'avoir vue vivante. Mon opinion à son sujet est qu'il s'agit en effet d'une simple variété du R. canina, comme le pensaient les premiers botanistes qui l'ont connue. Que plus tard Déséglise et Boreau l'aient acceptée comme une espèce distincte, on ne peut s'en étonner c'était l'esprit de l'Ecole analytique, dont ils ont été les coryphées. Mais il me parait difficile d'y reconnaître un hybride des R. canina et R. gallica. Je ne vois pas que l'influence de ce dernier soit manifeste, du moins sur les spécimens d'origine f!échoise. Les échantillons conservés dans l'herbier Boreau, sous le nom de R. macrantha, doivent être examinés avec circonspection. Ils sont au nombre de dix, répartis dans quatre feuiles, avec une étiquete de la main de Boreau, ainsi conçue: "Rosa macrantha Desp. fl. de la Sarthe, p.76. Cueilli sur un pied reçu de La Flèche, 5 juin 1844. 2. Angers, à gauche de la route de Paris, 12 juin 1849." Cette étiquette est accompagnée, 1o de la description de Boreau, imprimée, découpure prise dans un exemplaire de sa flore du centre, 2o d'une copie manuscrite de la description de Desportes, moins ces mots "FI. d'un rose vif... Fleurs en corymbe." Pourquoi cette omission? Ces deux caractères ne sont pourtant pas ici sans importance. Ils avaient une valeur telle, aux yeux de Lemeunier et de Goupil, que le premier donnait a cette rosé le nom de fulgens et le second celui de corymbosa. Du reste, Boreau lui-mêmeen a tenu compte dans sa description (fl.c. 3o éd., p. 227). La première page de son herbier comprend: un echantillion à fleur solitaire, un à fruits géminés et un autre à fleurs réunies en corymbe; a la 2o page se trouvent 4 échantillons à fleurs solitaires ou géminées la 3o page contient 2 échantillons pluriflores retenus par des bandelettes portant le no 2 et qui, par conséquent, représentent la rose d'Angers; enfin, dans la même chemise, après la 3o page et sans doute introduit plus tard, se trouve un échantillon très pluriflore, à longs pédicelles en corymbe, accompagné d'un tout petit papier portant le mot "La Flèche" Cette particularité semble établir que ce dernier specimen provient de La Flèche même et non du "pied reçu de La Flêèhe," cultivé alors au jardin d'Angers, d'où il a disparu. C'est du reste l'échantillon qui se rapporte le plus à celui du Muséum, dont je possède un dessin, ainsi qu'aux descriptions données par Desportes et par Thory. Ceux de la première et de la deuxième page n'en different pas sensiblement, sauf pour le mode d'inflorescence sur quelques-uns. Les feuilles sont les mêmes et si les aiguillons deviennent plus grêles vers le sommet de certains rameaux, ils ne sont pas pour cela de forme différente. Au contraire, les échantillons de la page 3, c'est-à-dire ceux d'Angers, sont nettement hétéracanthes; leurs folioles sont très sensiblement plus minces, plus vertes, plus attongées. Il suffit de les placer en regard des précédents pour se convaincre, de visu, qu'il ne s'agit plus de la même forme. A la rigueur on peut admettre pour la rose angevine une apparence d'hybridité, que ne présente pas la rose fléchoise. On me pardonnera ces détails. Ils ne sont pas oiseux. Nous pouvons en conclure que l'assimilation faite par Boreau du rosier d'Angers à celui de la Flèche est d'une exactitude au moins douteuse et que, par suite de la réunion des échantillons angevins et fléchois, l'étude de l'herbier Boreau peut condaire à des idées inexactes sur la rose de Lemeunier. Je n'insisterai pas d'ailleurs sur sa valeur taxinomique. Est-ce une espèce, un hybride ou une variété? La question n'a pas aujourd'hui d'intéret, puisque le R. macrantha ne se trouve plus.
(1). Quand j'écrivais ces lignes, j'étais loin de prévoirque Mlle Legué vivrait, hélas "ce que vivent les roses, " et que, peu de temps après, un deuil cruel viendrait frapper mon ami. Je le prie de me pardonner si je renouvelle sa douleur, en rappelant le souvenir de sa chere morte, par un juste hommage à son obligeance et à son talent.
(1897) Page(s) 71-74. [Cont'd] Je l'ai cherché vainement à La Flèche et à Martigné. Personne ne l'y connait. D'autre part, le buisson d'Angers a depuis longtemps disparu, puisque des 1857 (fl. c. 3o éd., p. 227), Boreau ne l'indiquait que "dans une haie aujourd'hui détruite." Ce qui n'empêchait pas Déséglise (Cat. no 265) d'inscrire encore cette localité en 1876, 19 ans après sa disparition! - A la même date et dans le même travail, Déséglise indiquait aussi "Loiret, Chanteau (Boreau); Rhône; Charbonnière (Boullu)". Mais ces deux indications me paraissent fort suspectes. L'herbier Boreau ne contient aucun spécimen provenant de Chanteau. Quant au témoignage de M. Boullu, repose-t-il sur une détermination bien exacte? Le fait suivant permet d'en douter. Dans un opuscule datant de 1890 (Contr. à la fl. de la Sarthe), M. l'abbé Chevallier écrivait en parlant du R. macrantha Desp., d'après des échantillons déterminés par M. l'abbé Boullu "J'en connais deux pieds seulement à Saint-Rémy-des-Monts, pres de la Cour-du-Bois." Mais, sur le désir que je lui exprimais de voir ses échantillons, notre honorable confrère m'a fait connaître de vive voix que la détermination pourrait bien ne pas ètre exacte. En tous cas, aujourd'hui le R. macrantha n'existe pas à la Cour-du-Bois car, j'ai minutieusement exploré cette localité, trois années de suite, sans le trouver, malgré les indications précises que M. Chevallier avait eu l'obligeance de me donner, à 20 mètres près. Pour le moment, on ne connaît de par le monde, à l'état sauvage et spontané, aucun pied vivant de R. macrantha (1) et je crois qu'il n'a jamais existé nulle part dans ces conditions, sauf peut-être à la Flèche. Je dis peut-être, parce que les indications de Lemeunier au sujet de l'indigénat des rosiers qu'il a signalés ne prouvent pas toujours leur spontanéité. Grand amateur de rosés et prenant plaisir à leur culture, il a plus d'une fois, de concert avec son ami Desportes, qualifié d'indigènes celles qu'il procréait dans son jardin. Il suffit de parcourir le Rosetum gallicum pour s'en convaincre. Cependant, je veux bien admettre qu'il a réellement trouvé dans une haie, près de La Flèche, en 1823, la forme remarquable, qui devait obtenir quinze ans après l'honneur d'être distinguée spécifiquement. Mais, ensuite il l'a introduite dans son jardin, d'oit sont sortis les exemplaires distribués à différents botanistes. Le buisson trouvé dans une haie n'aurait pu suffire longtemps cette distribution. La multiplication par boutures, simple et facile, lui était familière et les francs de pied, obtenus de la sorte, pouvaient être considérés, sans trop manquer à la vérité, comme originaires de la haie, d'oit le buisson primitif avait disparu, puisque Thor nous apprend que Lemeunier lui avait fait passer "le pied vivant." Peut-être ai-je tort de mettre en suspicion l'honnêteté scientifique de Lemeunier, bien que ce ne soit pas sans motifs (2). Admettons que tous les pieds distribués par lui provenaient directement de la haie. Cela ne change rien à ma thèse Le R. macrantha n'a jamais existé, à l'état spontané, que dans cette localité. C'est bien peu pour une espèce autonome. Je ne m'arrêterai pas a l'objection qu'on pourrait me faire de l'existence de cette espèce aux environs d'Angers, d'après Boreau. J'ai déjà dit que l'identification de la rose angevine à celle de la Flèche ne me paraît pas d'une exactitude rigoureuse. Mais, Desportes indique aussi le R. macrantha sur un autre point de la Sarthe, assez éloigné de la Fléche: "Avessé, à Martigné (Goupil)." Or, voici ce que Guépin écrivait en 1845 (fl. de M.-et-L., 3e éd., p. 359): "Cette espèce (R. macrantha Desp.), qui croit sur nos limites, à La Flèche, me parait très remarquable. Elle m'a été envoyée par l'inventeur, M. Goupil, botaniste très instruit." Ainsi, Guépin attribuait l'invention de cette rose, a Goupil, qui t'aurait découverte à la Flèche. Voila Lemeunier dépossédé de l'honneur d'une invention que lui concédait Thory 21 ans avant. Eh ! bien, soit Goupil a fait un voyage à La Flèche où il a trouvé le R. macrantha, qu'il a fait connaître à Lemeunier, lequel peu scrupuleux s'est donné pour fauteur de la découverte. Mais, Goupil avait mis à profit son voyage pour rapporter "cette espèce remarquable" à Martigné, château qu'il habitait près d'Avessé. Donc, le R. macrantha n'était pas spontané dans cette dernière localité.
(1). Dans un travail assez récent, ayant pour titre Hybrides spontanés du génie Rosa aux entrons d'Angers (in Congrès scient. d'Ang. en 1895), M. l'abbé Hy s'exprime ainsi: "Le groupe entier des R. collinæ est formé d'hybrides... tels sont le R. macrantha Desp ...". Cette aftirmation m'ayant fait penser que le dit macrantha existait encore près d'Angers, M. Hy a eu t'obligeance de m'informer que ma conclusion était inexacte et qu'il ne connaît cette rose que par des échantillons d'herbier provenant de Boreau. (2). M. Baker a signalé dans la Sarthe (Journ. of. bot. 1890) le R. Sabini Woods,d'après des spécimens de l'herbier Jacques Gay, recuellis par Lemeunier. Ce rosier n'a jamais existé chez nous que cultivé. Les echantillons du botaniste fléchois provenaient évidemment d'un jardin, le sien probablement. Ab une disce emnes.
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